Un film français à Londres
Le chanteur de Jazz fut présenté à Paris le 24 janvier 1929, plus d'un an après son énorme succès aux États-Unis. Il fallut 10 mois supplémentaires pour qu'un film parlant français arrive sur les écrans (avec le système de son sur pellicule RCA), présenté au Marivaux le 31 octobre 1929 et sorti le lendemain (il y eut même une
distribution au Québec).
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| 1929 Les trois masques |
Le choix du sujet pour le premier film parlant en France peut en surprendre certains comme il m'a surpris en apprenant que le titre en était
Les trois masques. Ce film ne jouit pas d'un statut comparable à celui, culte, du
Chanteur de Jazz qui est récemment ressorti en
version restaurée en Blu-ray ou de
Chantage en Grande Bretagne.
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| 1921 Les trois masques |
D'ailleurs, le film fut tourné à Londres, aux studios BIP, le seul endroit en Europe où l'on pouvait faire un film parlant à l'époque. Ce studio avait été construit à côté d'une voie de chemin de fer, de sorte qu'un homme, ancien acteur du muet, avait été engagé pour actionner une lumière rouge à l'aide d'un bouton à l'extérieur, d'où il pouvait apercevoir les trains arriver et prévenir l'équipe. D'autres productions étrangères y furent tournées, comme
Atlantic, le premier parlant inspiré par le naufrage du Titanic. Un studio français fut bientôt construit à
Joinville par Pathé (ainsi qu'à Boulogne) et le film
Chiqué y fut tourné plus tard cette même année.
Une vendetta corse
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| 1921 Henry Krauss & Charlotte Barbier-Krauss |
En ce qui concerne
Les trois masques, le choix du sujet traité nous apparaît plus évident lorsqu'on apprend qu'il s'agit là non seulement d'une adaptation de pièce de théâtre (une solution adoptée par bien des cinéastes dans cette difficile période de transition), mais aussi et surtout d'un remake d'un succès de 1921. Cette dernière version eut même droit à une ressortie en 1924, une rareté à l'époque du muet, où la plupart des films n'étaient exploités qu'une fois, après quoi ils disparaissaient à jamais (d'où le nombre important de films perdus, entre autres raisons).
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| 1929 Jean Toulout & Clotilde Person |
En fait, a posteriori, cela reste un choix audacieux, car le premier film s'était fait justement remarquer par son petit nombre d'intertitres et contenait donc très peu de dialogues, ce qui n'en faisait pas un sujet habituel pour un film parlant d'alors. Un critique avait même écrit : "le texte est réduit à son strict minimum, presque rien".
Voici un très court extrait du film de 1929 :
L'histoire
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| 1921 le fils mort sous son masque |
En Corse, le riche Paolo della Corba aime la belle Viola (Speranza dans la version muette) en secret, car son père désapprouve cette amourette avec une servante. Bientôt Viola tombe enceinte et le couple décide de s'enfuir durant le carnaval, mais ses trois frères décident de venger son honneur et, grimés de masques, ils saoulent Paolo, le poignardent et le traînent en costume jusqu'à la riche demeure de son père où ils réclament l'asile. Son père le prend pour un fêtard et attend le matin pour lui enlever son masque et connaître son infortune. Lorsque les tensions sont apaisées, le vieil homme finit par recueillir l'enfant.
Un succès muet
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| 1929 le fils mort sous son masque |
La première version, malgré l'absence de son, fut très populaire. Les critiques la jugèrent admirable. Elle fut réalisée par le célèbre Henry Krauss qui tenait également la vedette. L'un des masques était interprété par Georges Wague, un mime au talent reconnu. Ce film proposait au public ce que la version parlante, tournée rapidement dans un studio de Londres ne pouvait offrir : du réalisme. Le réalisateur se rendit en Corse à la recherche d'une maison à l'aspect cossu qui puisse faire office de résidence pour le riche père de l'histoire. Si l'on en croit le magazine Ciné Pour Tous du 8 avril 1921, la Corse était alors une région pauvre sans industrie ni commerce, ce qui fait qu'on y trouvait peu de bâtiments de la sorte. Les propriétaires des rares qu'il trouva se refusèrent à le laisser entrer de peur d'attirer l'attention de la maréchaussée sur l'origine de leur richesse.
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| 1921 "Laissez nous entrer" |
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| Henry Krauss (1921) |
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| Jean Toulout (1929) |
Malgré cela, Krauss tourna de beaux extérieurs à Corto, Corgese, Piana,
Bastia etc. Il se retrouva finalement au château de Feliceto près de Muro, entre
Calvi et Belgodere, propriété d'un M. Salvetti qui l'accueillit ainsi que l'équipe du film. Krauss attendit la fin du tournage pour conter l'histoire à M.
Salvetti, de peur de lui déplaire avec le récit dramatique d'une
vendetta entre corses. L'homme lui rétorqua qu'une histoire similaire avait eu lieu 3 ans plus tôt dans un village voisin.
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| 1929 Renée Héribel (Viola) & François Rozet (Paolo) |
Lors de la ressortie de 1924, Cinémagazine (18 juillet 1924) salua la (très rare) initiative et espérait que le film rentrerait ainsi "au répertoire". Malheureusement, aujourd'hui, leur vœu est resté lettre morte car ni l'original, ni le remake sonore n'ont droit à une sortie en DVD, ou sous n'importe quel autre format. Pourtant ces films existent toujours : le classique de 1921 a été projeté en Corse
en 2009.
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2 commentaires:
Bonjour Greg Philip, tu n'aurais pas la version complète du film ? J'ai l'impression qu'il est totalement introuvable.
Bonjour. Malheureusement pas. Il est en effet introuvable et l'extrait de cette page est issu d'un documentaire. Si vous le trouvez, je suis preneur.
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