Une fin de contrat
Une accumulation de problèmes
En 1946, la fin du contrat approchait et Selznick ne pouvait guère compter sur une collaboration future avec lui. Il avait cependant encore un projet qui lui tenait à cœur intitulé Le procès Paradine. Son intention était d'en faire un film de prestige auréolé d'une distribution entièrement composée de stars, dont Greta Garbo mènerait le bal avec le rôle titre. Malheureusement pour lui, la divine n'avait aucune intention de quitter sa retraite, surtout pour jouer un rôle qu'elle détestait. Il fut alors décidé que Mme Paradine serait interprétée par un jeune espoir que Selznick voulait lancer aux États-Unis, un peu comme Vivien Leigh en son temps pour Autant en emporte le vent. Avec le recul, le rôle d'une meurtrière sans scrupule n'est peut être pas le choix idéal pour lancer une nouvelle personnalité comme Alida Valli (surnommée "Valli" pour l'occasion).En tout cas, Selznick recherchait tellement à reproduire un gros succès qu'il se rendit insupportable, réécrivant le scénario (pour lequel il obtiendra l'unique mention au générique), exigeant de retourner des scènes, et supervisant lui-même le montage et le mixage. La conséquence principale en fut l'explosion du budget. Pourrait-on croire, à la simple vision du film, qu'il a coûté plus cher qu'Autant en emporte le vent ? C'est pourtant le cas !
Même si Hitchcock reniera bien des aspects du film (comme Louis Jourdan acteur compétent mais, à son idée, pas à sa place ici), certains lui sont néanmoins propres. Ann Todd peine à briller dans un rôle somme toute assez terne et pourtant elle fait sans conteste partie des actrices blondes si chères à Hitchcock. Les mouvements de caméra complexes chez les Keane seront développés dans les productions suivantes comme La corde ou Les amants du Capricorne. Et la personnalité sadique du juge l'a probablement attiré. Son acteur fétiche Leo G. Carroll joue ici le rôle d'un avocat, tout comme John Williams, qui jouera plus tard deux rôles plus substantiels dans les films d'Hitchcock.

Un tiers du film coupé
Mais plus à propos, le film, dans son montage original durait 3 heures. A la première, il avait été réduit à 132 minutes. La version généralement disponible aujourd'hui en fait 115. Si l'on en croit Bill Krohn, une "inondation" a détruit le négatif de la version de 3 heures dans les années 1980. Il ajoute que la version de 132 minutes est la seule toujours existante et pourtant même celle là n'est jamais sortie en vidéo. De plus, deux des scènes coupées de la version de 3 heures existeraient toujours, mais sans le son. Elles seraient actuellement à la George Eastman House à New York.L'une de ses scènes figurait juste avant le procès et l'on peut en apercevoir une photo sur le matériel publicitaire ci-contre avec Ethel Barrymore, Gregory Peck, Charles Laughton et l'acteur qui jouait le peintre, Peter De Lindstrom (un pied-de-nez à la star de Selznick qu'était Ingrid Bergman dont le mari était Petter Lindström et qui fut considérée pour le rôle-titre un instant). Dans cette scène, Sophy, la femme du juge, rencontrait Keane secrètement dans une galerie d'art pour lui demander de sauver Mme Paradine car elle ne pouvait plus supporter une autre soirée avec son mari lorsqu'il devait prononcer une sentence de mort. Ils tombent malheureusement sur le juge en train de parler à l'artiste qui offre charitablement de montrer à Sophy ses dessins, sentant le malaise dans l'air. Laissé seul avec Keane, le juge lui explique qu'il a contemplé l'internement de sa femme en institut.
Je ne sais pas si la séquence a été coupée pour réduire la longueur du métrage ou pour supprimer l'implication qu'un homme de loi se délecte à envoyer les condamnés à la mort, ainsi que l'évidente maltraitance envers sa femme. Je me dois de préciser que, dans le roman, la scène se passait plus tôt dans l'histoire et qu'elle avait été écartée par tous les premiers scénaristes (dont Hitchcock et sa femme).
Cette bande annonce de ressortie contient quelques plans alternatifs et des moments coupés (Ethel Barrymore qui se cache dans le public).
Rhapsodie de Waxman
La musique du film, pourtant composée par le talentueux Franz Waxman qui tente ici de recréer l'atmosphère et le succès de Rebecca (ce qui est particulièrement évident lorsque Kean visite la chambre de Mme Paradine), n'a pas rencontré la même popularité et n'est désormais disponible que dans une rhapsodie réorchestrée sur CD. La piste internationale du DVD américain est l'unique façon de l'entendre en entier.Le générique de début représente bien la précipitation dans laquelle le film a été créé : comme Selznick ne put choisir à temps parmi une multitude de titres (Fascination, Les Ensorcelés, Sous serments,...), il choisit finalement celui du livre la veille de la première, ce qui explique que celui-ci soit écrit en caractères différents du reste.
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