Pour des raisons de droits, ce film a été perdu pendant des dizaines d'années après sa sortie initiale où son succès mitigé avait fortement déçu le réalisateur. Après cette longue mise au placard, Universal (nouveau détenteur des droits après Paramount et Hitchcock lui-même) ressortit le film en 1983, et dans les années 90, Robert Harris et James Katz, qui ont travaillé à la restauration de My Fair Lady entre autre, se lancèrent dans celle du classique de 1958.
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| Prise inutilisée avec du sang sur Jean Corbett |
Ils ont aussi déterré la fameuse “fin européenne” (dans les bonus du Blu-ray) que Hitchcock n'a probablement jamais sérieusement considéré pour aucune versions, même si Herbert Coleman écrivait (dans son livre L'homme qui connaissait Hitchcock) que le réalisateur doutait de sa décision de révéler le coupable avant la fin et hésita jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour rappeler les copies déjà expédiés. Sans ça, le flashback révélateur aurait été coupé avant la sortie. D'ailleurs, cette séquence fut celle qui donna le plus de fil à retordre à l'équipe de restauration car les éléments originaux pour le fondu enchaîné étaient perdus.
Et nous en arrivons donc aux aspects négatifs de la restauration. Presque tous les fondus au noir posent problème. Privée des plans originaux sans l'effet, l'équipe a malheureusement décidé de les effacer et de faire commencer les fondus plus tard ou tôt suivant qu'il s'agit du début ou de la fin de la scène. L'image est donc effacée au lieu d'être restaurée pour obtenir un effet "moderne". Voici un exemple :
Les qualités visuelles du film ont pourtant été améliorées en général, car le procédé Vistavision utilisé lors du tournage a permis au film d'être restauré sur pellicule 70 mm , révélant ainsi des détails inattendus comme les bleus sur la jambe de Kim Novak lorsque James Stewart la porte hors de l'eau.
Quiconque a vu le film connait l'importance de la musique de Bernard Herrmann pour son atmosphère et sa qualité. Alors, retourner aux bandes originales d'enregistrement pour créer un nouveau mixage en 5.1 paraît une excellente idée. A cause d'une grève de musiciens en 1957 aux Etats Unis et en Grande Bretagne, la partition dût être enregistrée à deux endroits différents (Londres et Vienne ). Ainsi, contrairement à son habitude, Herrmann dût laisser le chef d'orchestre Muir Mathieson diriger son oeuvre. Et les morceaux enregistrés à Vienne ne purent l'être qu'en mono.

Il est difficile pour quiconque restaure une oeuvre d'art de décider où se situe la frontière entre la restauration et la réinterprétation. A mon sens, si Robert et Katz ont presque partout amélioré l'image, et malgré l'excellente idée de départ, Je n'ai guère apprécié leur traitement du son. Pour commencer, la musique n'est pas toujours bien synchronisée avec les images. Si ça n'était apparent qu'au fan que je suis, ça ne serait pas très grave, mais pour garder le dialogue (quand James Stewart appelle Madeleine dans la tour par exemple), il a fallu garder des morceaux du mixage original (correctement synchronisé, lui), ce qui crée une cacophonie brève mais révélatrice.

Et même si j'adore la musique (disponible en CD), certains moments étaient particulièrement dérangeant. On avait au départ, dans la scène de l'église, une musique discrète, presque diégétique, qui devait rendre une atmosphère religieuse. Dans le nouveau mixage, on croirait assister à un concert d'orgue tant le volume a été augmenté. Et la bande du morceau “Le Parc”, pourtant magnifique, était de toute évidence trop détériorée pour inclusion dans la restauration. Elle a pourtant été utilisée créant ainsi un malaise que l'utilisation du mixage mono aurait sans doute évité. Les effets sonores présentent un autre problème.
Contrairement au dialogue, tous les effets pouvant être remplacés par d'autres l'ont été. On retrouve un procédé similaire pour Psychose, mais l'utilisation d'une nouvelle technologie qui dissèque l'“ADN” d'une piste mono permettant ainsi de travailler plus avec des éléments originaux, et des choix plus judicieux ont produit un meilleur résultat. Si le son d'une porte qui s'ouvre peut paraître différent à quelqu'un qui connaît le film par coeur, la différence n'est pas aussi extrême que pour Sueurs Froides. Dans le documentaire sur la restauration, on explique que le son des moteurs des voitures des mêmes modèles que celles vues à l'écran a été enregistré dans un soucis d’authenticité. Là encore, l'intention est louable, mais la différence est bien là. Il me paraît plus important de reproduire le son du film tel qu'il est, et non pas tel qu'il aurait soi-disant dû être. Qui sommes nous pour assurer que Hitchcock souhaitait ce bruit là ? Il aurait très bien pu être doublé en post production avec un son complètement différent qui aurait trouvé grâce à ses oreilles.
D'autres détails m'ont dérangé : j'ai lu dans le rapport de tournage de la script girl que les cloches de la Mission Dolores avaient été enregistrées lors du tournage en extérieur afin d'être utilisées dans la scène de la tour (il n'y a ni cloche ni tour à San Juan Bautista). Le très célèbre plan final est maintenant flanqué d'un son de cloche en dissonance avec la musique. Et le bruit entendu lorsque Madeleine tombe sur le toit, quoique réaliste, est très différent de l'original. Le film est maintenant disponible en Blu-ray (ainsi que dans un coffret). Un nouveau mixage en 5.1 de la version originale est disponible et les critiques précédentes ont été prises en compte. La version mono d'origine est comprise. Je le recommande, ainsi que le magnifique livre de Dan Auiler.
Quiconque a vu le film connait l'importance de la musique de Bernard Herrmann pour son atmosphère et sa qualité. Alors, retourner aux bandes originales d'enregistrement pour créer un nouveau mixage en 5.1 paraît une excellente idée. A cause d'une grève de musiciens en 1957 aux Etats Unis et en Grande Bretagne, la partition dût être enregistrée à deux endroits différents (


Contrairement au dialogue, tous les effets pouvant être remplacés par d'autres l'ont été. On retrouve un procédé similaire pour Psychose, mais l'utilisation d'une nouvelle technologie qui dissèque l'“ADN” d'une piste mono permettant ainsi de travailler plus avec des éléments originaux, et des choix plus judicieux ont produit un meilleur résultat. Si le son d'une porte qui s'ouvre peut paraître différent à quelqu'un qui connaît le film par coeur, la différence n'est pas aussi extrême que pour Sueurs Froides. Dans le documentaire sur la restauration, on explique que le son des moteurs des voitures des mêmes modèles que celles vues à l'écran a été enregistré dans un soucis d’authenticité. Là encore, l'intention est louable, mais la différence est bien là. Il me paraît plus important de reproduire le son du film tel qu'il est, et non pas tel qu'il aurait soi-disant dû être. Qui sommes nous pour assurer que Hitchcock souhaitait ce bruit là ? Il aurait très bien pu être doublé en post production avec un son complètement différent qui aurait trouvé grâce à ses oreilles.
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