jeudi 6 décembre 2012

Dracula


Universal célèbre son centième anniversaire et l'une des spécialités de la firme vient de sortir en coffret Blu-ray.
Les monstres Universal ont défini les codes du genre, ainsi que les traits des masques d'Halloween pour les générations à venir.
Et le premier de ces monstres Universal a être doté de la parole est le plus célèbre de tous. En 1931, la première adaptation cinématographique officielle du roman de Bram Stoker, Dracula, sortit sur les écrans. Elle avait été précédée par le fameux Nosferatu de Murnau qui, bien qu'un chef d’œuvre, n'avait pas obtenu la permission de la veuve de l'auteur. Elle essaya donc d'en faire disparaître les négatifs et toutes les copies.






La version Universal était adaptée d'une pièce à succès de Hamilton Dean, elle-même tirée du livre. Le studio voulait réunir les deux "maîtres" de l'horreur : la star Lon Chaney qui avait triomphé dans Le fantôme de l'opéra, et le réalisateur MGM Tod Browning. Ils parvinrent à attirer Tod Browning dans la famille Universal, mais Lon Chaney mourut d'un cancer du poumon. On considéra plusieurs acteurs, comme Conrad Veidt, et on décida finalement d'utiliser la vedette de la pièce, l'acteur hongrois Bela Lugosi.

Ce dernier offrit une performance tellement inoubliable qu'il fut marqué à vie comme acteur de ce genre qui l'avait rendu célèbre.

La version muette

Une version peu connue du film n'est autre que la version muette. En effet, à l'époque, beaucoup de salles n'étaient pas encore équipées pour projeter des films sonores et le film était donc proposé dans un montage sans bande son, avec les habituels intertitres pour le dialogue.

La version espagnole

Au début des années 1930, le son étant encore une merveille naissante, la technique du doublage n'était pas encore bien maîtrisée et le meilleur moyen d'exporter un film à l'étranger était encore de le re-tourner dans la langue appropriée. C'est le cas de Dracula. Lorsque l'équipe anglaise avait fini son travail, une autre équipe hispanisante prenait possession des décors et tournait sa version pendant la nuit.

La vision de cette version avec Carlos Villarías est assez troublante. C'est bien un film différent, cependant les scènes s'enchaînent dans le même ordre. Les décors sont souvent photographiés de point de vue différents, et se révèlent globalement plus que dans la version de Browning. Mais la distribution espagnole donne une impression de grand guignol qui ne m'est pas apparue aussi évidente dans la version anglaise où les acteurs semblent prendre la chose plus au sérieux. En tout cas, les scènes de la version espagnole ont tendance à traîner et le métrage dure environ 30 minutes supplémentaires.
"Nunca bebo... vino"


Il en a aussi manqué une bobine entière pendant des années, et les scènes manquantes (de l'évanouissement de Renfield dans le château de Dracula à la scène de l'opéra à Londres) furent retrouvées à Cuba. Il y a désormais une perte de qualité visible dans la copie restaurée lors de ces séquences.
 

La version française


La version française diffusée actuellement a été très récemment réenregistrée, mais le film est bel et bien sorti en français dans une version française. Contrairement à la version espagnole, il ne s'agit pas là de version alternative tournée avec d'autres acteurs mais d'un doublage. Comme le film ne comportait pas du tout de musique d'ambiance, il a probablement suffit de refaire la totalité de la bande son en studio, effets compris. Le résultat est vivement critiqué : "Le dubbing accorde correctement le son aux lèvres, mais que d'intonations conventionnelles ! Que de paroles dont l'étrangeté n'est pas toujours volontaires ! (...) En voyant Dracula, nous nous demandons si ses interprètes ne devraient pas se taire ou, dans la version projetée en France, se passer de prête-voix."

Restauration

Pour la sortie en Blu-ray , le film a été restauré. Je dois avouer qu'il est plus facile de l'apprécier ainsi, car non seulement une bonne partie des ravages du temps a été effacée, mais certains problèmes probablement déjà présents à la sortie initiale ont été corrigés également.

Tout d'abord, le bruit de fond (souffle) était parmi les pires dont je me souvenais. Il n'a pas été éliminé mais a été considérablement réduit sur le Blu-ray. Et le générique de début était miné par un saut de l'image et un ralentissement temporaire dans la musique qui ont été tous deux corrigés.

À travers ses diverses ressorties, certains éléments du film ont été changés. La censure a imposé le retrait des cris de Dracula lorsque Van Helsing lui plonge un pieux dans le cœur. Ils ont depuis été restaurés, ainsi que ceux de Renfield lors de sa mort.

En 1999, Philip Glass offrit au film ce que les responsables d'Universal pensaient qu'il manquait au film depuis le début : une partition musicale. A l'exception d'un bref fragment réorchestré du ballet de Tchaikovsky Le lac des cygnes accompagnant le générique, et la scène de l'opéra, il n'y a pas de musique dans Dracula, car les studios pensaient à l'époque que les spectateurs ne comprendraient pas d'où venait la musique si l'orchestre n'était pas visible à l'écran.
La musique donne un aspect plus moderne au film, même si elle m'est apparue comme trop présente à certains moment. On remarquera que la version française, nouvellement enregistrée, n'est offerte sur le Blu-ray qu'avec cette musique et une nouvelle piste d'effets sonores, supprimant ainsi totalement les éléments originaux et le souffle qui allait avec.

Scène coupée



Malgré cette restauration, il manque toujours une scène dans le film. Dans le même esprit que ce qui se fera l'année suivante pour le prologue de Frankenstein, Dracula se concluait, à l'origine, par une courte scène où le professeur Van Helsing s'adressait aux spectateurs devant un écran blanc et leur tenait ce discours "Un instant, Mesdames et Messieurs ! Un mot avant que vous ne partiez. Nous espérons que les souvenirs de Dracula ne vous feront pas faire de cauchemars. Voici donc un mot de réconfort. Lorsque vous rentrerez chez vous ce soir, et que les lumières seront éteintes, que vous craindrez de regarder derrière les rideaux, et que vous aurez peur de voir un visage apparaître à la fenêtre, hé bien... Gardez votre sang-froid et rappelez-vous : après tout... Ces choses EXISTENT !"

Cette scène, bien qu'elle semble exister toujours, ne paraît pas avoir survécu dans une qualité satisfaisante et seul un bref extrait est visible dans le documentaire présent sur le disque.

En tout cas, malgré les évidentes limites du budget, Dracula reste une œuvre de référence dans l'Histoire cinématographique et je ne peux que recommander cette nouvelle sortie.


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