lundi 25 février 2013

Métropolis


Métropolis est sans doute le film muet le plus célèbre. A l'époque de sa sortie, c'était aussi le plus cher jamais produit par la UFA, avec 5 millions de marks de budget pour finalement en rapporter seulement 75.000.
Pour cette raison et bien d'autres, le film fut retiré de l'affiche et sa durée initiale de 3 heures et demie amputée.

Des techniques incroyables avaient été utilisées pour les effets spéciaux : comme Willis O'Brien et Ray Harryhausen plus tard, on anima des maquettes image par image pour donner l'illusion d'un monde moderne en mouvement. Le résultat fut si bon que le film inspira le réalisateur de Blade Runner des décennies après, ainsi que d'innombrables autres oeuvres d'art.
Les animateurs au travail

Pendant le tournage, le réalisateur Fritz Lang tourna avec plusieurs caméras et essaya de garder au moins trois bonnes prises de chaque scène. Comme il était assez courant à l'époque pour les longs métrages muets, il prévit de créer plusieurs négatifs, pour chaque canal de distribution principal : un négatif pour le marché allemand, et un pour le marché américain où le film serait distribué par la Paramount. Comme on pouvait s'y attendre, les américains coupèrent de nombreuses scènes et réarrangèrent l'ordre de succession de celles subsistantes.

Plusieurs caméras




En été 1927, le négatif allemand fut également coupé de 30 minutes et les coupures furent détruites. Après la deuxième guerre mondiale, on retrouve trace du négatif en Russie, et il fut ramené en Allemagne en 1971. Ce n'est qu'à cette époque que les restaurateurs s'aperçurent de l’existence des prises (et négatifs) multiples.
Étonnement, malgré cela, un seul négatif caméra a survécu partiellement jusqu'à nous, dans la version Paramount coupée. Les autres versions ne sont que des copies.

A travers le siècle, le film fut restauré, remonté de nombreuses fois et fut présenté avec le même enthousiasme sur des musiques modernes ou classiques. En 1984 Giorgo Moroder colorisa le film et le présenta accompagné de chansons pop.
Sublime ironie, c'est la censure responsable des coupes qui permit de restaurer les cartons originaux et l'ordre initial des scènes : en effet, les censeurs les avaient copiés dans leur intégralité.

Fritz Rasp fut coupé presque entièrement du film
Pourtant, ce n'est pas avant le mois de mai 2008 lorsqu'un négatif 16 mm fut trouvé à Buenos Aires que le film put enfin avoir une chance d'être restauré à une durée voisine de celle originale. Ce négatif fut probablement tiré en 1973 à partir d'une copie nitrate 35 mm détruite par la suite. Le transfert fut entrepris car cette copie était hautement inflammable et considérée comme dangereuse. Même si la qualité de la copie 16 mm est atroce, elle contient des images plus jamais vu ailleurs depuis 1927.

Un autre élément qui a beaucoup contribué à la restauration du film est sa musique originale, composée par Gottfried Huppertz qui avait suivi le montage de très proche.
Une autre scène retrouvée en 16 mm

Malheureusement, une scène est toujours manquante, même dans cette version. Mais le gros du film est maintenant visible. Et la différence de qualité entre les portions 16 mm et celles tirées du négatif caméra sont un témoignage de l'histoire incroyable de ce film.

Vous pouvez maintenant vous le procurer en Blu-ray et constater vous même l'incroyable travail des restaurateurs. Je vous suggère également le documentaire de Artem Demenok, Voyage à Métropolis si vous voulez approfondir vos connaissances.

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