dimanche 6 octobre 2013

Le corsaire

Une pièce de théâtre

C'est en juillet 1939 que le réalisateur Marc Allégret tourna les premières images d'un film de pirate aux studios de la Victorine à Nice. C'était une adaptation de la pièce de Marcel Achard, Le corsaire, qui se déroulait dans un studio d'Hollywood et se prêtait donc parfaitement à une transposition à l'écran. Le producteur André Daven voulait une production prestigieuse avec de somptueux décors de bateaux et de village espagnol qui furent donc construits à Nice.

Madeleine Ozeray & Louis Jouvet
La pièce, au succès mitigé, avait débuté le 24 mars 1938 au théâtre Athénée avec Louis Jouvet et Madeleine Ozeray sur une musique de Vittorio Rieti, et des costumes et décors par Christian Bérard. Pour le film, André Daven engagea la vedette française (mais désormais aussi internationale) Charles Boyer pour jouer aux côtés de Michèle Alfa dans le rôle principal féminin. Le reste de la distribution était composé de comédiens établis tels Saturnin Fabre (de Pépé le Moko), Marcel André (qui allait bientôt jouer le père de Belle dans La belle et la bête de Cocteau) et de petits nouveaux comme Jacques Dufilho.

La pièce de Marcel Achard

Deux French lovers

Louis Jourdan
Le réalisateur Marc Allégret avait un autre atout dans sa manche. Sur son film précédent, Entrée des artistes, il avait engagé un assistant opérateur nommé Louis Jourdan dont la beauté fatale le destinait plutôt, pensait-il, à une carrière de jeune premier.

Et enfin le compositeur Georges Auric (La belle et la bête, Vacances romaines...) était pressenti pour écrire la partition musicale.

Après plusieurs semaines de tournage, le 3 septembre 1939, la France et le Royaume Uni déclarèrent la guerre à l'Allemagne. Charles Boyer, qui était revenu en France tout spécialement pour ce film, fut mobilisé à Agen et la production cessa tout net.
Charles Boyer joue Kid Jackson, le corsaire


En décembre, les magazines d'actualités cinématographiques annonçaient, confiants, que le film serait sans doute terminé en mai 1940. Pourtant, Charles Boyer était alors déjà retourné à Beverly Hills, enterrant ainsi le projet.

Louis Jourdan n'eut pas à patienter longtemps pour que se présente à lui une nouvelle opportunité de commencer une brillante carrière en France et aux États-Unis, où il collabora avec David Selznick et Alfred Hitchcock peu après la guerre. Vous vous souvenez sans doute de lui dans Le Comte de Monte Christo, Gigi et dans le film de James Bond : Octopussy où il jouait le méchant.

Les vestiges du film

En juillet 1945, l'écran français nous apprend qu'"il reste encore des vestiges du Corsaire sous la forme décors et de bateaux échoués. La mousse et l'herbe ont envahi le pont, les hublots et le môle de l'embarcadère que la mer n'a jamais battu. André Daven, le producteur est à Hollywood : Le corsaire n'arrivera jamais au port."

Bataille navale aux studios de la Victorine
Pourtant, en 1995, Bruno Esquirol réalise un documentaire de 28 minutes à propos du film, avec des images du film qui ont été préservées jusqu'à nos jours. Certains extraits ont été montrés lors de différents évènements, comme pour les "40 ans des archives français" en 2009 à la Cinémathèque française où 6 minutes de rushes ont été montés et sont toujours disponibles pour les chercheurs aux archives françaises du film du Bois D'Arcy. De plus, il semblerait qu'une VHS de compilation des courts-métrages de Marcel Allégret contienne également 35 minutes de prises de vue de ce film.


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