En 1915, la Reine du cinéma était Mary Pickford et chaque studio en voulait une comme elle. C'est probablement pour ça qu'elle n'en voulait aucun et qu'elle fonda le sien, United Artists, avec son mari Douglas Fairbanks et Charles Chaplin.
Ainsi chacun chercha sa propre femme-enfant sucrée aux mèches blondes bouclées et beaucoup de concours de sosie de Mary Pickford furent organisés. L'une des gagnantes de 20 ans, Helen Elizabeth
Lawson, blonde aux yeux bleus, avait un peu d'expérience de théâtre. En 1916, elle déménagea de
Boston à New York et tenta sa chance au cinéma. A l'époque, une bonne partie de la production se faisait encore à Fort Lee dans le New Jersey. Le premier studio auquel elle postula ne lui offrit jamais sa chance malgré ses demandes quotidiennes, elle en essaya donc un second, le Tanhouser Film Corporation, où elle décrocha un contrat de 25 dollars par semaine.Quelques mois plus tard, elle signa chez la Fox Film pour son premier film où elle tenait la vedette : La fleur enchantée (Caprice of the Mountain) avec Harry Hilliard, avec lequel elle allait tourner ses films suivants. Son nom de scène fut alors adopté en hommage à ce film : June Caprice.
Avec le même réalisateur (John G. Adolfi), elle tourna sept autres films sur deux ans, dans des rôles qui auraient pu être taillés sur mesure pour Pickford : Little Miss Happiness, La clef des champs (The Ragged Princess - avec les soeurs enfants stars Jane et Katherine Lee) et L'espiègle (The Mischief Maker) en 1916, puis Cendrillonnette (A Modern Cinderella - avec le magicien d'Oz Frank Morgan), La sauvageonne (A Child of the Wild), Le rêve et la vie (The Small Town Girl), et enfin La ruse et l'amour (Patsy) en 1917. Tous ces films sortiront en France à partir de 1919 et lors de la sortie de L'espiègle, on peut lire dans le numéro du 29 novembre 1919 : "Charmante comédie jouée par une spirituelle adolescente, ou du moins elle paraît telle, qui nous fait voir ce sourire ingénu et malicieux qui était le charme des films Mary Miles du temps où nous avions le plaisir de voir cette sympathique artiste." Et l'auteur de finir en appelant la trop récente vedette "Jane Caprice".
Le service de publicité de la Fox la surnomma alors "The Sunshine Maid" (La fille rayon de soleil) (peut être était-ce là un titre temporaire pour l'un de ces films), un sobriquet qui resta dans l'esprit du public au point qu'aujourd'hui, sa filmographie contient souvent ce titre comme celui d'un film qui n'a vraisemblablement jamais existé.
La même année, elle rencontre son nouveau réalisateur Harry F. Millarde, qui non seulement l'épousa, mais en plus tourna ses plus grands succès: Every Girl's Dream, Miss U.S.A., Sans nom (Unknown 274), Coeur de poète (The Heart of Romance), Le baiser camouflé (The Camouflage Kiss), Le préjugé (Blue-eyed Mary), et La force de l'hérédité (Miss Innocence).

Au plus fort de sa popularité, ses critiques étaient très bonnes : "Miss Caprice n' a jamais été plus à son avantage que dans "Miss U.S.A." (The Reading Times; 5 novembre 1917).
Son succès lui fit décrocher un contrat avec la compagnie Coca Cola pour la représenter sur ses publicités.
Au terme de ses deux ans avec la Fox, elle signa avec le représentant de Pathé Albert Capellani (aux studios Solax de Alice Guy Blaché) qui la dirigea dans Coeurs de vingt ans (Oh Boy!).
Elle tourna ce film avec Creighton Hale qui, à l'époque, était célèbre pour avoir travaillé avec Pearl White dans plusieurs de ses succès (Les mystères de New York, Le masque aux dents blanches, etc.). Il fut également le Prince de Blanche Neige avec un autre avatar de Mary Pickford : Marguerite Clark.Cependant, ces films rencontrèrent un moindre engouement. Le 13 juin 1919, la critique de Variety pour "Oh Boy!" était : "six bobines de farce, c'est un peu trop. Cette histoire n'est d'ailleurs ni complètement une farce ni une comédie, ni même un film très convainquant et en tout cas pas de quoi déclencher une crise de rire. C'est modérément intéressant et propre - voilà tout".
Elle continua de tourner avec Creighton Hale, mais les films suivants furent réalisés par George Archainbaud : Le danseur inconnu (The Love Cheat), Mam'zelle Milliard (A Damsel in Distress), In Walked Mary.
Le 9 août 1919, la critique de "Le danseur inconnu" dans Harrison’s Reports était : "Un film mignon principalement pour les jeunes qui se satisfont de l'inaction du héro pourvu qu'il embrasse l’héroïne tout le long du film. Valable uniquement pour le public du dimanche." La critique du 18 octobre de "Mam'zelle Milliard" dans Harrison’s Reports cette même année était encore pire : "Un très mauvais patchwork entre comédie et drame. Parfois si décousu que l'on se fatigue. Il y a de bons moments de comédie, il est vrai, mais bien trop espacés, ils ne soutiennent pas l'intérêt."
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| June sans sa perruque |
En tout cas, le public n'apprécia pas et lorsqu'elle reçut un millier de lettres l'invitant à rester l'ingénue qu'elle symbolisait, elle décida de se cantonner à ce type de rôle. Pourtant, elle s'essaya bien à quelques nouveautés vers la fin de sa carrière. Dans "In Walked Mary", elle devient une vamp un instant, même si ce n'est que pour révéler la vraie nature de la future femme de son ami. Malgré ces efforts, ce film ne fut même pas distribué en France, pas plus que le suivant.
Après l'hispanisant Rogues and Romance, réalisé, écrit et joué par George B. Seitz, elle s'essaya en 1921 au feuilleton, un genre populaire de l'époque, avec ce même réalisateur. Les 15 épisodes de The Sky Ranger furent compressés en 10 pour la sortie française (comme c'était souvent le cas) et sorti en 1923 dans l’hexagone sous le titre Les rôdeurs de l'air. Ce fut là son dernier film.En 1922, elle donna naissance à sa fille unique et l'appela June en l'honneur de son personnage à l'écran. Son mari réalisa des films jusqu'en 1927 et mourut d'un arrêt cardiaque en 1931. Malheureusement, June Caprice fut emportée à son tour par un cancer en 1936, laissant ainsi June Millard orpheline. Cette dernière fut dès lors élevée par les parents de June Caprice, après quoi elle apparut elle-même dans quelques films au début des années 1940, mais fit principalement carrière en tant que mannequin sous le nom de Toni Seven.

En France, June Caprice atteignit son pic de popularité vers 1920, date à laquelle fut distribuée la plupart de ses films. Il semble que plusieurs films plus tardifs de son mari avec Peggy Hyland ou Madlaine Traverse partagent leurs titres français avec ceux de June Caprice, qui restent à identifier.
Parmi eux : Gambling in Souls - La poupée vivante (Madlaine Traverse)
Bonnie Annie Laurie - La fleur enchantée (avec Peggy Hyland)
The Girl with no Regrets - Le soupçon (Peggy Hyland) (Pour ce film, Jean Mitry retient le titre : "Flirteuse")
Reste un film d'elle sorti le 17 octobre 1919 en France (et ressorti le 14 juillet 1922) sous le titre Le préjugé que je n'ai pas pu identifier.
Pour son malheur, June Caprice a tourné ses meilleurs films à la Fox, or la plupart du catalogue de films muets de ce studio est partie en fumée lors d'un incendie en 1937. En tout cas, aucun de ces films n'est actuellement disponible sur quelque format que ce soit.
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