lundi 9 juillet 2012

Arletty en inédit

La fleur de l'âge

Vous le savez peut être, la liaison d'Arletty avec un soldat pendant la deuxième guerre mondiale lui a valu, à la libération, de passer devant un tribunal d'épuration, à la suite de quoi, on ne la verra plus à l'écran pour quelques années. C'est pourtant pendant la guerre (ou juste avant), qu'elle tourne ses rôles les plus célèbres. Hôtel du Nord, Les visiteurs du soir, et bien sûr Les enfants du Paradis.
Ma réplique favorite n'est pas tant "l'atmosphère" de l'Hôtel du Nord, mais le trait qu’envoie Garance à Frédéric sur le boulevard du crime dans Les enfants du Paradis : "Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour".

Arletty et Serge Reggiani
Savez vous, par contre, combien son retour à l'écran a été laborieux ?
La genèse du premier film commence en un soir d'août 1934, dans le réfectoire de la maison de correction pour mineurs délinquants où éclate une révolte. Les enfants s'échappent et sont rattrapés par les locaux et les vacanciers en échange d'une prime. L’événement, relayé par la presse, émeut Jacques Prévert qui le dénonce dans son poème "La chasse à l'enfant". Il s'associe en 1937 à Marcel Carné pour en tirer un film intitulé L'île des enfants perdus. Le projet n'aboutit pas.
Anouk Aimée et le chat Tulipe
En avril 1947, il proposent à Arletty via le producteur Nicolas Vondas de tourner de nouveau avec eux pour une autre tentative de porter leur idée à l'écran. Le film s'appellera désormais La fleur de l'âge, et elle aura pour partenaire de jeunes vedettes montantes comme Anouk Aimée (alors agée de 15 ans), et des vedettes confirmées comme Serge Reggiani, Paul Meurisse, Julien Carette, Jean Tissier, et Martine Carol. Cette dernière est à l'apogée de sa popularité et vient de faire une  médiatique tentative de suicide. Dans l'autobiographie d'Arletty, La Défense, elle se souvient, dans le style laconique et lapidaire qui caractérise le livre, de son départ pour Belle Île en gare de Montparnasse le 2 mai 1947 où les journaux titrent "Martine Carol sauvée des eaux". "Excellente publicité pour La Fleur de l'âge", commente-t-elle, cynique.
France Dimanche 20 avril 1947
Elle poursuit en résumant le problème majeur du film: "Il nous fallait le soleil, nous n'avons eu que la pluie pendant 3 mois. Retour à Paris."
Son biographe et confident, Michel Souvais évoque des problèmes financiers qu'on imagine aisément liés à ces conditions de tournage, mais aussi à la réprobation de l'administration pénitentiaire quant au sujet.
On peut encore trouver des articles d'époque sur le tournage où l'on apprend, par exemple, que des tests de perruques à effet "crâne rasé" ont été fait avec les adolescents.
Je vous suggère le livre du photographe Emile Savitry, qui offre des clichés rares des acteurs et de l'équipe.
Le film, inachevé (20 minutes auraient été montées) est aujourd'hui perdu mais un documentaire (où intervient, entre autre, Serge Bromberg) intitulé Carnet de naufrage lui est consacré. En voici les premières minutes:

Le film est visible dans son intégralité en ligne.

Madame et ses peaux-rouges


Le second projet n'a pas le prestige du premier, mais il a le mérite d'être encore existant, à défaut d'être facilement visible. En effet, Arletty tourne ensuite une comédie légère sur la côte d'azur sous la direction de Serge de Laroche dont ce sera l'unique réalisation. Le titre en est Buffalo Bill et la bergère. Les intérieurs sont tournés au studios de la Victorine à Nice et les extérieurs à Mouans-Sartoux.

Arletty et Pierre Dudan
Arletty incarne la bergère du titre, en fait une propriétaire de château dans lequel elle accueille des orphelins qui jouent aux indiens et tombent sur Buffalo Bill, un forain qui se fait capturer par les enfants en essayant d'échapper à la police (pour une fausse accusation). Lorsque Arletty découvre l'existence du forain, une idylle se noue après quelques chansons.



Arletty emprunte à Jean Clément, acteur et coiffeur sur le film, ses instruments.
Le chanteur-compositeur Pierre Dudan, qui joue également le rôle de Buffalo Bill, se souvient malheureusement que les producteurs, peu scrupuleux, ont fait faillite et que les acteurs n'ont pas été payés. Arletty et lui confirment que le film n'est donc jamais sorti, même s'il a été entièrement terminé et même monté.

Une affiche existe pourtant (voir ci-dessus) avec un nouveau titre: "Madame et ses peaux rouges", la partition ci-contre retient, elle, le titre de "Monsieur Buffalo Bill" (on trouve également "La dame de Boubal") et ce site internet indique même une date précise de sortie le 2 septembre 1948. Ce peut-il que des projections confidentielles ait eu lieu ? Ce qui est sûr c'est que le film existe toujours et qu'il refait surface très occasionnellement. D'après Michel Souvais (qui confirme la piètre qualité du film), il fut projeté au centre culturel de Courbevoie pour les 90 ans d'Arletty. Et le reportage suivant fait état d'un projection gratuite le 15 décembre 2011 à la médiathèque de Mouans-Sartoux en présence des acteurs qui ont participé au film dans leur enfance.


Et désormais le film est sorti en DVD ! L'occasion de se faire votre propre idée sur ce film inédit.

Vous pouvez aussi écoutez les chansons du film, disponibles à la vente: "Buffalo Bill" et "Il faut y croire encore une fois".
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in Trous de mémoire

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