dimanche 12 janvier 2014

La dernière danse (ou La danseuse blessée)

Deux films anglais avec la vedette américaine Betty Compson

L'année dernière est ressorti un film de 1924 réalisé par Graham Cutts qu'on pensait perdu depuis 90 ans, The White Shadow. Seule la moitié du métrage a été retrouvée (3 bobines sur 6), mais il attira l'attention immédiatement, principalement parce qu'Alfred Hitchcock a participé à l'élaboration du film.

A l'époque, le célèbre réalisateur n'était ni célèbre, ni même réalisateur. Il développait son savoir-faire en se forgeant une expérience dans tous les aspects de l'industrie cinématographique. La vedette du film, celle mentionnée dans les journaux de l'époque, la raison de l'existence du film, est Betty Compson.

Michael Balcon
En fait, cette production au succès mitigé n'était que la seconde d'un contrat qui en comportait deux. Et il semblerait que la première lui était bien supérieure.

Dans un interview pour Cinémagazine le 24 octobre 1924, l'actrice britannique Marjorie Hume explique que très peu de films anglais traversent alors l'Atlantique,ou même la Manche d'ailleurs, mais que les producteurs avaient trouvé à cela une parade qui assurait une carrière internationale à leurs œuvres : engager des stars américaines.


Betty Compson

Wanda Hawley, Betty Blythe, Mae Marsh avaient toutes fait le déplacement jusqu'en Grande Bretagne pour cette raison. Et c'est à cette solution que les producteurs Michael Balcon et Victor Saville se proposaient de recourir. Ils engagèrent la vedette d'Hollywood Betty Compson qui y tournait depuis bientôt 10 ans et qui rencontrait un succès phénoménal grâce à ses comédies avec Fatty Arbuckle et ses longs métrages Poupées de France (The Little Diplomat) avec l'enfant vedette Mary Osborne, Le miracle (The Miracle Man) avec Lon Chaney, L'émeraude fatale (The Green Temptation) réalisé par William Desmond Taylor, Au-delà de la frontière (Over The Border) avec Tom Moore et Jean de Briac,... Tous ces films étant distribués à l'international. A l'époque, Betty était l'une des actrices les mieux payées et elle ne se déplacerait pas pour rien. Ainsi les britanniques lui firent signer un contrat pour deux films.

Photo publicitaire de Betty Compson chez elle.
Studios d'Islington
Toujours dans un soucis d'économie, les deux films partageaient la même équipe (parmi laquelle Alfred Hitchcock accumulait nombre de postes) et le même décor (Paris). D'ailleurs, si la plupart du tournage s'est déroulé aux studios d'Islington, l'équipe fit le voyage jusqu'à Joinville également et Hitchcock visita Paris afin de trouver l'inspiration (et de prendre des photos) qui lui permettrait de créer les décors des films.



L'histoire d'une fille-mère à Paris


La dernière danse (Woman To Woman) raconte l'histoire de David Compton (interprété par la vedette anglaise Clive Brook et appelé David Compton MacLean dans la version française), ingénieur de l'armée britannique qui part en guerre en 1914 et laisse sa maîtresse française Louise Boucher (Betty Compson, le personnage sera renommé Huguette Perlys dans la version française) enceinte. Danseuse au Moulin Rouge (récréé d'une main de maître par le décorateur Alfred Hitchcock), elle finit par le croire mort lorsqu'il ne revient pas et elle assure seule l'éducation se son fils. Ses talents de danseuse la font reconnaître et elle connaît le succès sous le nom de Deloryse. Pourtant à mesure que sa gloire grandit, sa santé décline. Pendant ce temps, David, bien vivant, est en fait devenu amnésique lors d'une bataille. Il a changé de nom (David Anson-Prod) et s'est marié !


Décor du Moulin Rouge par Alfred Hitchcock


Un jour, par hasard, il se rend au Moulin Rouge et à la vue de Deloryse, la mémoire lui revient. Lorsqu'elle apprend que son amour perdu est vivant et marié à une autre femme, Deloryse sent sa santé déjà chancelante l'abandonner. Elle confit son fils à l'épouse de David et se rend à un spectacle de danse où elle doit se produire : elle y meurt en plein spectacle.
Deloryse meurt sur scène.

Plusieurs titres

 Le film remporta un grand succès et fut, comme espéré, distribué à travers le monde. En France, la présentation à la presse par Gaumont se déroula en avril 1924 sous le titre La danseuse blessée et le film sortit sur les écrans parisiens le 6 juin. Pourtant, dès le 20 juin, l'Aubert Palace présenta le film sous le titre La dernière danse (titre repris également dans l'interview de Marjorie Hume mentionnée précédemment). De plus, Cinéa - Ciné pour tous du 1 juillet 1924 précise dans le courrier des lecteurs que le film "primitivement annoncé sous le titre La danseuse blessée est bien La dernière danse.

Et Cinémagazine du 10 octobre 1924, nous apprend que le Splendid Cinéma d'Alger fera sa réouverture le 13 avec Sa dernière danse, interprété par Betty Compson. Pour être exhaustif, on notera également que Cinéa, dans son courrier des lecteurs du 1er mars 1926 donne, peut-être par erreur, "L'étoile du casino" comme titre français.

Le deuxième film et un remake

Le film sera également distribué par Select (la compagnie Selznick) en Amérique et en Allemagne entre autre. C'est d'ailleurs une copie "Selznick" de The White Shadow qui a été retrouvée en Nouvelle Zélande.
Betty Compson & Betty Compson dans The White Shadow

On nourrissait les même plans (et les mêmes espoirs) de distribution pour ce deuxième film et il fut rapidement mis en chantier. Mais il ne rencontra pas le même enthousiasme à sa sortie malgré l'ajout d'un rôle de jumelles pour la vedette.

Comme évoqué plus haut, de ce film ne restent que les 40 premières minutes qui sont disponibles en DVD. Du premier film, malheureusement, on ne peut plus guère trouver que des photos, dont certaines sont visibles sur ce site.
Pourtant, son succès poussa Victor Saville à réaliser lui-même un remake sonore en 1929, avec toujours en vedette Betty Compson, et cette version est proposée en DVD chez Grapevine.

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