mardi 8 juillet 2014

Theda Bara, La Reine des Césars

Le nom de Theda Bara évoque encore quelque chose pour certaines personnes. Elle fut la vamp par excellence du muet. De plus, elle incarna nombre de personnages célèbres tels que Juliette (de Roméo & Juliette), Camille, Carmen, Madame Du Barry, Salomé, toutes encore populaires, et à chaque nouvelle incarnation, son nom est cité comme celui de la pionnière, même si rares sont ceux qui ont vu ses films puisque la plupart sont perdus et ceux qui ont été préservés ne sont pas nécessairement les meilleurs et sont, de plus, présentés dans des copies de très mauvaises qualité.

D'ailleurs, elle joua son rôle le plus célèbre dans un des films perdus les plus recherchés : Cleopatra. Il n'est pas si courant qu'un film perdu soit si bien illustré encore à ce jour : on peut trouver des dizaines de photos sur internet ou dans les livres. La version de Joseph Mankiewick avec Elizabeth Taylor est en fait un remake de ce film, même s'il était déjà perdu quand il la tourna.

Cleopatra
Comme ce film (et la plupart de sa filmographie) sortit pendant la première guerre mondiale, sa popularité atteignit l'Europe un peu tard, peut être une des raisons pour lesquelles ses films ne furent pas aussi bien préservés que d'autres, plus tardifs. Theda Bara n'est, de fait, que rarement mentionnée dans les magazines de cinéma français d'après guerre. Les passionnés de cinéma ne se révèleront qu'un peu plus tard et les publications telles que Cinéa ou Cinémagazine ne commenceront à fleurir qu'en 1921. D'ici là, la plupart des films de Theda Bara sortis en France étaient en train de devenir un souvenir.

Pourtant, pour ce film là, j'ai trouvé que la première européenne a eut lieu à Paris le 30 janvier 1920 au Mogador Palace. Pour l'occasion, un orchestre de 40 musiciens joua une partition écrite spécialement par Paul Letombe. J'ai mis un moment pour m'assurer qu'il s'agissait bien de ce film car, contrairement à ce qu'on pourrait croire (et qu'on a apparemment cru jusqu'à maintenant), le film ne s'appelait pas Cléopâtre. Dans le magazine "Ciné pour tous" et dans tous les journaux qui annoncent la projection (Le Petit Parisien, Le Figaro, etc.), le film est clairement appelé La Reine des Césars. On peut extrapoler et imaginer qu'il a porté d'autres titres lors de sa diffusion à travers l'Europe. Il y a peut être encore une chance de trouver une copie sous un titre insoupçonné, après tout !

En tout cas, il semble avoir eu à Paris un grand succès car dès le 3 février, on trouve dans Le Matin (et d'autres quotidiens) une publicité qui prévient que les directeurs du Mogador ne garantissent pas de place à quiconque n'aura pas réservé : 3.000 personnes n'ont pas pu rentrer depuis la première !
Le 2 avril, le film déménagea au Demours et un mois plus tard (le 3 mai 1920) il arriva à Alger.
De nos jours, seul un fragment de film a été retrouvé, et en mauvais état :

Un autre fragment trouvé fut considéré un instant comme un extrait de ce film, mais il s'avéra être un morceau d'un autre blockbuster de la Fox avec la même équipe et une partie des mêmes acteurs : La Glorieuse Reine de Saba. En fait, Theda Bara devait y apparaître mais elle quitta le studio et fut remplacée par Betty Blythe qui porta pour l'occasion des costumes tout aussi révélateurs.

D'autres fameux rôles

Pourtant, Theda Bara ne se résume pas à Cleopatra. Elle ne fut pas la seule à incarner la fameuse Reine, tout comme elle ne fut pas la première à jouer tous ses fameux rôles. Mais elle fut souvent la première à les jouer dans de riches productions américaines. À l'époque, les studios de cinéma gardaient leurs vedettes dans l'anonymat pour ne pas avoir à accorder d'augmentations proportionnelles à leurs succès. Ceux qui atteignaient le vedettariat l'avaient fait progressivement, à force d'être reconnus film après film.
Contrairement à eux, Theda devint une sensation du jour au lendemain, la première star fabriquée grâce à son association avec William Fox, dont le studio était proche de la ruine et avait besoin de publicité pour changer le destin.

Comme la plupart des acteurs de cinéma d'alors, elle commença sa carrière sur la côte Est, à Fort Lee. Après des débuts sous son vrai nom, Theodosia Goodman, dans le rôle d'une fausse infirmière (en fait d'une poule de gangster) dans The Stain, elle tint la vedette dans A Fool There Was, et devint Le Vampire, une mauvaise femme qui entraînait les hommes à leur perte. Étonnement, ces films, réalisés par Frank Powell, sont deux parmi les six (sur un total de quarante) qui existent encore aujourd'hui (A Fool There Was est même disponible en DVD).

Le terme "vamp" fut inventé pour elle et elle tourna d'autres rôles similaires pour capitaliser sur l'extraordinaire publicité autour de son personnage. Toute une légende fut créée à l'intention des journaux par la publicité du studio à propos de ses origines (lors de la sortie de Cleopatra, on révéla fort à propos que son nom était l’anagramme de "Arab Death" - "Mort arabe"). En 1917, la famille Goodman changea son nom légalement en Bara.

Carmen
Retour en 1915: elle fit alors un court métrage avec Raoul Walsh intitulé Siren of Hell et deux longs métrages : le premier fut Carmen, une adaptation du roman de Prosper Mérimé. Cecil B. DeMille sortit sa version avec Geraldine Farrar le même jour.

Dans The Serpent, elle jouait une autre vamp. Avec le réalisateur Herbert Brenon vinrent d'autres rôles similaires, et aussi des adaptations de classiques : The Two Orphans, L'affaire Clémenceau d'après Alexandre Dumas et Kreutzer Sonata d'après Tolstoi. Cette même année, elle tourna aussi une adaptation de Travail d'après Émile Zola : Destruction, sortie en France cinq ans plus tard sous le titre La ravageuse.

Avec The Galley Slave, elle débuta une collaboration avec le réalisateur de la plupart de ses films: J. Gordon Edwards, grand-père du réalisateur Blake Edwards.

En 1916, elle fit East Lynne (qui existe toujours) avec le réalisateur Bertram Bracken, et une version sexy de Roméo et Juliette de Shakespeare avec Edwards (qui dût une fois encore faire face à une production rivale par la Métro). Pour lui, elle devint aussi Esmeralda dans une adaptation de 1917 du roman de Victor Hugo Notre Dame de Paris sous le titre The Darling of Paris et Camille tiré du roman d'Alexandre Dumas, La dame aux camélias.
Affiche française de Madame Du Barry

Puis vint Cleopatra, pour lequel elle dût déménager en Californie, où les nouveaux studios s'étaient établis, et Madame Du Barry, deux films distribués en France trois ans plus tard. Or, à ce moment la version ultérieure de Pola Negri avait également atteint la France et une nouvelle comparaison des critiques était inévitable, tout comme Carmen ou Roméo et Juliette aux Etats-Unis.

En 1918, elle participa à l'écriture du scénario de The Son of Buddha. Elle tourna également Salomé. Cette année là, Theda devint même le sujet d'un dessin animé de court métrage avec Mutt et Jeff intitulé Meeting Theda Bara !

L'année suivante, deux films de Charles Brabin sortirent, Kathleen Mavourneen et La Belle Russe. Sa production suivante, The Lure of Ambition, fut la dernière aux studios de la Fox avant l'expiration de son contrat. On lui refusa une augmentation et elle plia ses bagages. Après un voyage en Europe, elle chercha du travail ailleurs et finit par mettre en chantier une production indépendante en 1925 pour son comeback avec The Unchastened Woman réalisé par James Young. Ce dernier long métrage existe toujours.

Son dernier film fut un court métrage de comédie intitulé Madame Mystery réalisé en partie par Stan Laurel dans lequel elle partageait l'écran avec Oliver Hardy.

Après une apparition sur scène, elle prit sa retraite Elle avait épousé le réalisateur Charles Brabin en 1921 et le mariage dura jusqu'à la mort de Theda en 1955.

Les titres français des films de Theda Bara

Dans mes recherches, j'ai pu trouver d'autres titres français de ses films:
- Un cavalier passa (Un drame espagnol qui correspond à Under the Yoke) fut projeté à partir du 7 novembre 1919 au Aubert Palace.
- Le démon de la jalousie (un titre qui pourrait être collé à tant de ses films !), est sorti à Rouen en janvier 1920 et le 23 mai 1920 à Alger. (probablement à Paris en 1919).
- La DuBarry (Madame Du Barry, bien sûr) est sorti à Paris le 6 février 1920, une semaine après Cleopatra.
- La ravageuse (titre français de Destruction) sortit à Paris le 15 avril 1920.
- La bête à misère (The Serpent) sortit à Paris le 30 juillet 1920 et le 3 mars 1921 à Alger, "avec George Walsh").
- Poppéa (titre français de When a Woman Sins) sortit à Paris le 28 mai 1920 et le 24 septembre 1920 à Alger.
- Salomé est sorti le 14 janvier 1921 et a bénéficié d'une ressortie le 7 mars 1924. J'ai même trouvé trace de ce film jusqu'en 1928 (le 25 janvier) à Madagascar.
- Apparemment, La Reine des Césars (Cleopatra) est ressorti le 21 janvier 1921 à Alger.
- Avant l'heure X (un film de guerre, "d'amour et de sacrifice", peut être When Men Desire, La Belle Russe, The light...) a été projeté à Arcachon le 18 février 1922 et le 22 juillet à Coutances.

Il est très difficile d'associer un film avec son titre français car ces derniers diffèrent généralement du tout au tout par rapport au titre américain (Cleopatra est d'ailleurs un bon exemple). Ici, les dates de sortie ne nous sont d'aucun secours car tous ces films ont été tournés pendant la première guerre mondiale ou juste après, et ne sont donc sortis en France qu'après, quasiment tous en même temps, dans une très courte période autour de 1920. Pour finir, aucune indication concernant l'histoire, d'autres acteurs ou membres de l'équipe ne se trouve dans les journaux où les programmes de cinéma sont à l'époque relégués dans la colonne des théâtres, simple liste des spectacles à aller voir le jour considéré.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette fascinante personnalité, je vous suggère ce site, ainsi que la vision du documentaire The Woman With The Hungry Eyes.

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